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A travers cette critique des conceptions communes de la morale, on n'est parvenu à dissocier la question de la morale de la question du bonheur et à mettre en place l'idée que la morale devait s'appuyer sur la raison qui a pour but de rendre la volonté bonne.

- La bonne volonté: l'universalité de la morale kantienne

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Kant, dès les premières phrases des fondements de la métaphysique des moeurs, insiste sur l'idée que le principal problème pour définir la morale vient de ce qu'on la définisse uniquement à travers  la distinction entre le bien et le mal. Or, ces deux termes sont flous.

Donc pour définir la morale, Kant va faire abstraction du bien et du mal et simplement s'en tenir à la raison. Une bonne volonté ce n'est pas une volonté qui veut le bien, c'est simplement une volonté raisonnable. Dès lors, si agir moralement, c'est agir par bonne volonté, cela signifie donc que la moralité de l'action dépend du principe de l'action et non pas de ses conséquences. 

Mais si, pour être moral, il suffit d'avoir de bonnes intentions et qu'il n'y a que ces intentions qui comptent, alors n'est-ce pas un moyen facile de se donner bonne conscience sans jamais chercher à rien faire effectivement ? Par exemple, animé de toutes les meilleures intentions du monde, je voudrais bien donner de l'argent aux pauvres mais jamais je ne le fais. À ce compte, même si je suis de bonne volonté, que mes intentions sont bonnes, on ne pourrait pas dire que j'ai agi moralement puisqu'en réalité je n'ai rien fait. Dès lors, ne pourrait-on pas affirmer comme Charles Péguy, que «certes la morale kantienne a les mains propres mais le problème c'est qu'elle n'a pas de main ».


Pour répondre à cette objection, Kant insiste sur la nécessité de ne pas confondre la bonne volonté avec la simple velléité : la velléité est un simple désir, une vague envie, mais qui n'est pas suivi d'effet ; par exemple, j'aimerais bien avoir mon bac mais je ne fournis aucun effort. Bien au contraire, être réellement de bonne volonté, ce n'est pas simplement avoir le désir ou l'intention, mais c'est faire tout son possible, faire le maximum pour parvenir à ses fins; mais il peut arriver que, malgré tous les efforts fournis, on ne parvienne pas toujours à ce que l'on voulait et c'est en ce sens que Kant précise que même si la volonté ne réussit pas dans ses actions, elle n'en demeure pas moins bonne. 

Implications: La_morale_de_Kant_textes

  • L'action morale est purement intérieure, elle dépend de l'intention qui l'anime. Or, par définition cette intention inétrieur demeure cachée à l'observation. Voilà pourquoi on ne peut jamais savoir si quelqu'un a agi moralement ou pas. Donc, comme l'on s'en tient jamais qu'aux apparences extérieures de l'action, on ne peut jamais juger de la moralité de l'action d'une personne. On ne doit donc jamais juger les autres mais déjà faire l'effort soi-même de suivre sa raison pour agir moralement. 

 

  • Kant fait abstraction de tout ce qui différencie les hommes pour ne retenir que ce qu'ils ont en commun à savoir leur raison. De ce point de vue, il est contre toute forme de différentialisme. Or, aujourd'hui, on a tendance de plus en plus, à définir les valeurs par rapport à ce qui nous différencie des autres (société, origine,sexe, âge, religion, etc.); alors que, précisément, en ne retenant que la raison, Kant met en lumière ce qui nous unit essentiellement par-delà toutes nos différences. On arrive à l'idée de ce qu'on appelle la personne : la personne c'est ce par quoi je suis absolument identique aux autres c'est-à-dire d'égale dignité.
  • La raison humaine tire d'elle et d'elle seule la loi morale par réflexion c’est-à-dire que l'évidence morale est une évidence rationnelle immédiate : il suffit de réfléchir pour savoir immédiatement ce qu'on a affaire et, dans la mesure où elle est rationnelle, l'évidence morale est à la fois universelle et nécessaire comme les lois de la nature. La conséquence c'est qu'une action ne pourra être morale que si elle est universalisable.
  • Enfin, parce que je suis doué de raison, je porte en moi l'absolu ce qui fait que je ne peux pas être un objet (vendu, acheté, utilisé), que je suis un sujet libre. Comment définir plus précisément cette liberté? Le sujet raisonnable est à la fois auteur de la loi et sujet de la loi. Il est donc autonome  - auto= soi-même; nomos=loi. Dès lors, obéir à la loi morale n'est pas une entrave à la liberté puisqu'en étant auteur de cette loi, y obéir, c'est juste obéir à soi-même.

 

- Le devoir: le rigorisme Kantien

 La volonté est donc bonne si et seulement si elle agit strictement en se conformant à la raison. Et la question qui se pose à présent, c'est celle de savoir pourquoi alors que nous sommes tous doués de raison, notre volonté n'est pas toujours bonne. Qu'est-ce qui fait, autrement dit, que nous n'écoutons pas toujours notre raison ? Qu'est-ce qui fait que nous n'agissons pas toujours moralement ?
Ce qui fait que notre volonté n'est pas toujours bonne, ce sont tous les obstacles qu'elle rencontre au quotidien dans la moindre de ses actions. Plus précisément, ce qui pervertit la volonté, c'est la condition même de l'homme qui, aveuglé par ses passions, ce que Kant appelle encore les inclinations pathologiques, préfère suivre ses intérêts égoïstes plutôt que d'écouter sa raison. Il faut constater que l’homme n’est pas un ange et que sa nature est double, d’un côté une nature raisonnable mais de l’autre cote une nature sensible. Autrement dit, l’homme n’agit pas spontanément moralement à cause de sa nature sensible qui va le déterminer à agir de manière égoïste pour être heureux. On ne va pas toujours suivre sa raison mais il y a une partie de notre être qui résiste et qui va même s’opposer à la loi morale et préférer poursuivre l’intérêt égoïste. Voilà pourquoi la loi morale va prendre la forme d’un commandement d’un impératif (un ordre que la raison nous donne). Kant va distinguer deux impératifs :

L’impératif hypothétique c’est celui qui est conditionné, c’est-à-dire qu’on obéit à la ‘condition de/que’, en revanche l'impératif catégorique est, quant à lui, absolu.

L’impératif+catégorique

 

Grâce à ces analyses, Kant va distinguer trois types d'actions:

  •  Les actions immorales : toutes les actions où consciemment, volontairement, je désobéis à la loi morale.
  • Les actions amorales : toutes les actions qui extérieurement donne l’apparence d’être morales mais qui en fait obéissent à un impératif hypothétique : ce ne sont pas les actions qui sont accomplies par respect de la loi morale, mais juste par intérêt ou par sentiment. 

                                  - Ex1 : L'intérêt.  Le boulanger commerçant qui rend la monnaie a l’enfant, fait en apparence ce qu’il doit mais en fait il le fait pour attirer de nouveaux clients.

                                  - Ex2 : un philanthrope (quelqu’un qui aime l’humanité) qui, de lui même sans rien attendre en retour, va donner une partie de sa fortune et aider les gens n’agit pas moralement pour Kant mais seulement du fait de son amour pour les autres c'est-à-dire à cause d'un mobile pathologique (=sentiment) et non d'un mobile pratique (=raison). 

  • Les actions morales : elles obéissent à l’impératif catégorique. Ce sont les actions où j'agis par devoir c'est-à-dire par pur respect pour la loi morale. Ces actions se se reconnaissent essentiellement en tant qu'elles s'opposent à nos dispositions naturelles. Ainsi la morale de Kant fait abstraction des bons sentiments pour ne prendre en compte que le devoir, c'est-à-dire l'obéissance stricte à la loi que nous dicte la raison et c'est pour cela qu'on parle de rigorisme kantien. 

    Ce faisant, l'un des principaux présupposés de la morale kantienne, c'est qu'il y a une hétérogénéité radicale entre la sensibilité et la raison. Or, il faut bien voir que si la morale va souvent à l'encontre de nos sentiments naturels, la morale de Kant n'est pas pour autant un ascétisme. Il ne s'agit pas de fuir le bonheur puisque c'est tout bonnement impossible car si les hommes cherchent le bonheur c'est que c'est une nécessité de la nature. 
    Par conséquent, il n'est absolument pas question de renoncer à son bonheur mais il faut bien comprendre que le bonheur n'est pas le but premier, c'est simplement le but second. Le premier, c'est agir moralement. Autrement dit, je ne peux pas au nom de mon bonheur personnel renoncer à agir moralement c'est-à-dire renoncer à suivre la raison. En clair, quelles que soient les circonstances, la loi morale ne doit jamais passer au second plan, devenir quelque chose de secondaire, elle ne doit donc jamais être subordonnée à la règle du bonheur. 

Ainsi on arrive à l'idée que la raison en l'homme a une double finalité : 

1: la première est inconditionnée : rendre la volonté bonne. 
2: la deuxième est conditionnée : la réalisation du bonheur. 

Donc il est possible d'être moral sans pour autant renoncer à son bonheur mais à une condition que cette quête du bonheur ne nous détourne pas des impératifs moraux.

 

 

- Les impératifs catégoriques: Le formalisme Kantien

 

Kant va tâcher de formuler les impératifs moraux, c'est-à-dire les principes à suivre pour agir moralement. Or, ces principes dans la mesure où ils sont purement rationnels et donc universels ne peuvent être déterminés par aucun objet en particulier.  Aucun objet particulier, aussi noble puisse-t-il paraître, ne peut servir de base ni de mobile à l’action morale. Et donc si aucun objet ne peut servir mobile, quel but doit-on se fixer pour agir moralement? Ce qui est moral c'est ce qui est valable pour tous les sujets, et donc, il n’y a aucun mobile ou intérêt sensible qui puisse servir de principe pour la loi, c’est la seule représentation de la loi qui doit nous faire agir. Or, une loi c’est ce qui vaut universellement.

1ere formulation de l'impératif catégorique :

La+loi+morale+_+une+loi+universelle

 

"Agis de telle sorte que tu puisses vouloir que la maxime de ton action soit érigée en loi universelle de la nature ". Une action n'est morale que si elle est universalisable. Chaque fois que je peux vouloir, quand j’agis, que tout le monde agisse comme moi c’est que j’agis moralement. En revanche, chaque fois que je me mets en marge de la loi, que je me considère comme une exception, je n’agis plus moralement. 

On pourrait reprocher à Kant d’être trop abstrait dans le sens où en affirmant qu'agir moralement, c'est agir de manière universalisable, il ne nous dit pas concrètement quoi faire, cela ne nous fixe aucun but précis. Il faut bien avoir un but à l’action pour que l’action prenne sens. C’est-à-dire que l’homme ne peut agir que s’il a une raison d'agir. 

Qu’est ce qui va donc servir de mobile à la volonté ?

- Le respect 

Nous avons vu que la volonté bonne est celle qui agit par pur devoir, c'est la volonté qui prioritairement ne se laisse déterminer que par la loi morale. Mais comment la loi morale, c'est-à-dire quelque chose de purement rationnel, de purement abstrait, peut-elle servir de mobile à une action concrète c'est-à-dire sensible ? Autrement dit, comment la loi morale peut-elle devenir quelque chose de sensible, quelque chose qui bien loin de rester une simple idée, un simple idéal, nous pousse ici et maintenant concrètement à agir ? Cela n'est possible que parce que la loi morale suscite en nous un sentiment, précisément le respect. 
Ainsi, en fin de compte, on peut définir le devoir comme la nécessité d'agir par respect pour la loi morale. Mais qu'est-ce que précisément que le respect ? 
Le respect est un sentiment et en tant que tel, c'est quelque chose qui agit sur notre sensibilité et peut ainsi nous déterminer à agir. Mais il est nécessaire d'insister sur le fait que si le respect agit sur notre sensibilité, le respect n'est   pas quelque chose provoqué par des objets sensibles. Le respect est, en d'autres termes, un sentiment qui est directement engendré en nous par la loi morale : c'est l'effet de la loi morale sur notre nature sensible, c'est finalement le sentiment qui sert de lien entre notre raison et notre nature sensible. 

2eme formulation de l'impératif catégorique :

Respecter+l’humanité+en+soi+et+chez+les+autres

« Agis de telle sorte, que tu traites l’humanité, aussi bien en ta personne qu’en la personne d’autrui jamais simplement comme un moyen mais toujours en même temps comme une fin »

 

1e  : on ne doit jamais considérer les autres comme des objets, on doit les respecter. Qu’est-ce respecter ? respicio = regarder la personne comme on regarde une étoile, prendre conscience de sa valeur infinie, de sa dignité.

2e  : Kant ne fait aucune différence entre le soi et l’autrui, on est le même, exactement le même.